Pratiques populaires, loin des dogmes et de la Raison

Sans compter qu'il n'est pas rare qu'un saint ne doive sa réputation de saint guérisseur ou de saint patron qu'à une anecdote ou un épisode de sa vita (saint Laurent martyrisé sur un gril, patron des cuisiniers et  guérisseur des brûlures), une légende (saint Hubert, patron des chasseurs,  prié pour la rage) ou même une homonymie (saint Roch patron des carriers). 

 

saint stamp
saint stamp
Qui se cache derrière cet énigmatique saint Stamp', vénéré chaque automne à Anhée (province de Namur) pour les maux de jambes et les retards manifestés par les jeunes enfants à se mettre debout (si stamper en wallon) ? La tradition orale a gommé, au fil des siècles, la véritable identité du saint (photos Fr. Lempereur, septembre 2008).  

 

 
bénédiction huile
  

Position de l'Église

La position du Vatican face aux pratiques coutumières non institutionnalisées a été précisée en 2002 dans une publication intitulée Directoire sur la piété populaire et la liturgie. Elle réglemente le port de médailles, la vénération des reliques et des images, le recours aux anges et aux démons, etc., par rapport aux célébrations officielles. Elle ne peut cependant empêcher la pression de communautés paroissiales qui parfois obligent le clergé à cautionner par sa présence des pratiques patrimoniales qu'il considère d'un autre temps.

Chaque année, aux alentours du 25 novembre, à l'église sainte-Catherine de Forêt-village (entité de Trooz, province de Liège), le prêtre bénit l'huile que les fidèles emporteront chez eux pour soigner les brûlures. (À gauche : photo Marc Lamboray, novembre 1999).

Autre exemple, en l'église de Pepinster, se déroule chaque année, le jour de la Sainte-Apolline, une bénédiction de gaufres censées protéger des maux de dents. Ces gaufres à la cannelle sont fabriquées par les boulangers locaux et achetées par les paroissiens qui les emmènent à l'église pour les faire bénir par le prêtre. De par son attachement à l'esprit identitaire d'un tel rituel, celui-ci ne pourrait pas refuser cette bénédiction. Jusqu'ici d'ailleurs, à ma connaissance du moins, il n'y a eu qu'un seul cas de refus de participation du clergé. Il s'agissait d'une procession destinée à vénérer l'eau d'une source.

 

 

Françoise Lempereur
Août 2009

 

crayon

Françoise Lempereur a soutenu une thèse de doctorat sur la transmission du patrimoine immatériel, matière qu'elle enseigne aux étudiants de master en Histoire de l'art et en Communication de l'ULg

 



4 Guérisseurs d'hier et aujourd'hui, ouvrage collectif sous la dir. de Françoise Lempereur et André Neuberg, Bastogne,  Musée En Piconrue, 2003, 334 pp.

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