Le puzzle des talatats de Karnak

De la constitution du corpus à la reconstitution des édifices thébains du règne d'Amenhotep IV

Le nouvel essor que connait la recherche sur les temples atoniens de Karnak, spécialement dans le contexte du programme ANR ATON-3D, a nécessité la mise en œuvre d’un système d’information consacré aux talatats thébaines auquel nous avons connecté un puzzle numérique interactif, indispensable outil d’aide à la restitution tridimensionnelle des édifices disparus dédiés à Aton.

Dès les premières années de son règne à Thèbes, Amenhotep IV, fils du grand Neb-Maât-Rê Amenhotep III, renia les cultes traditionnels de ses prédécesseurs, les pharaons de la XVIIIe dynastie, pour les remplacer par le culte d'Aton, son dieu d'élection. En corollaire, les rites, l'iconographie et l'architecture sacrée ont connu des bouleversements majeurs. À l'inverse des anciens rituels pratiqués dans des sanctuaires obscurs, le nouveau culte d'Aton se déroulait à ciel ouvert sous le disque rayonnant. Sans toiture, les murs des temples ont ainsi pu être allégés permettant le remplacement des lourds blocs des constructions antérieures par des pierres de plus petit module aux dimensions standardisées (52,5 x 26,25 x 22,5 cm) appelés talatats, sortes de briques de calcaire ou de grès suffisamment légères pour pouvoir être portées à dos d'homme et servir à construire des édifices de façon très rapide. Ces talatats étaient décorées soit sur la grande face du parallélépipède (disposition en carreau), soit sur la petite (disposition en boutisse).

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Fig. 1 : boutisse

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Fig. 2 : carreau

C'est à l'est de Karnak, apparemment aux abords du plus grand monolithe jamais érigé, l'obélisque unique, que le souverain entreprit la réalisation d'un ensemble de complexes monumentaux importants, propres à satisfaire aux exigences du culte d'Aton. À sa mort, tous ces édifices furent démantelés bloc par bloc, entraînant la dispersion des décors sculptés de leurs parois. Leur emplacement n'est connu que par quelques arasements, à proximité desquels gisaient, fragmentaires, les restes de statues colossales de type osiriaque (voir dans ce même dossier l'article au sujet de ces colosses). Quant aux talatats, elles furent réutilisées par dizaines de milliers en fondation et en bourrage de nouvelles constructions du grand temple d'Amon (IIe, IXe et Xe pylônes, fondations de la grande salle hypostyle, etc.). Celles qui furent récupérées ultérieurement constituent ainsi les éléments de plusieurs gigantesques et difficiles puzzles archéologiques que les égyptologues, depuis des dizaines d'années, tentent de recomposer. Des milliers de blocs ont déjà été assemblés, permettant de reconstituer des parties entières de scènes appartenant aux décors d'origine des temples atoniens. Du fait que les essais d'assemblages des scènes, manuels ou assistés par ordinateur, ont déjà donné d'excellents résultats, nous avons décidé de relancer la recherche sur la complétion des parois disloquées et d'enrichir les scènes déjà publiées, seuls moyens à notre disposition aujourd'hui pour acquérir de nouvelles connaissances sur le complexe atoniste de Karnak.

Dans ce but, nous avons développé un logiciel d'assistance au réassemblage des décors disparus qui constitue un véritable outil d'aide à la recherche et devrait nous apporter des connaissances indispensables pour la conception et la validation des hypothèses sur les structures et dimensions des édifices thébains en talatats.

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