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Tzvetan Todorov, Le Triomphe de l’artiste

18 mai 2017
Tzvetan Todorov, Le Triomphe de l’artiste

TodorovTzvetan Todorov, né à Sofia en 1939, arrivé à Paris à 24 ans et devenu français une décennie plus tard, est mort le 7 février dernier. Quelques jours avant la sortie de son livre, Le Triomphe de l’artiste. Dans cet essai passionnant, extrêmement bien documenté et écrit dans une langue limpide, l’auteur de La peur des barbares : au-delà du choc des civilisations examine le sort d’une quinzaine d’artistes face au régime issu de la Révolution entre 1917 et 1941, qu’ils soient écrivains, hommes de théâtre, cinéastes ou peintres. Cette période, il la divise en trois parties : la guerre civile (1917-1922), « la conquête d’un nouveau territoire, celui de la pensée et des idées » par le pouvoir politique (1922-1935) et l’étendue de ce territoire « au domaine des formes propres à chaque art : désormais, une seule sera jugée conforme au dogme communiste » (1935-1941).

Il décrit l’évolution politique et artistique de chaque créateur. Vis-à-vis de la Révolution, certains réagissent négativement (Bounine fuit puis s’exilera, Boulgakov s’effraie devant l’état d’anarchie, Gorki condamne la violence), d’autres se montrent enthousiastes à des degrés divers et pour un temps variable (Meyerhold, Maïakovski, Blok), Ils connaîtront tous, ensuite, des destins singuliers. Arrêté, Pilniak s’accusera d’être un « contre-révolutionnaire ». Auteur d’un poème satirique sur Staline, Mandelstam mourra en 1941 dans un camp en Sibérie. Interdit de publier puis accusé de « comportement antisoviétique », Babel sera fusillé en 1940.  Etc.

Racontant ces différents parcours, c’est l’histoire de l’URSS jusqu’à son entrée en guerre que retrace Todorov. L’histoire d’une mainmise progressive de ses dirigeants sur les esprits et d’une répression de plus en plus dure. On perçoit ainsi la force que revêt l’art en Russie, et singulièrement la poésie, expliquant l’attention portée par Staline aux artistes et à leurs œuvres. La deuxième partie de l’ouvrage est consacrée exclusivement à la trajectoire, humaine et artistique, de peintre Kasimir Malevitch qui, après s’être enthousiasmé pour la Révolution (qu’il place en regard de la révolution picturale dans laquelle il est engagé), déchantera vite, se livrant à une analyse critique du nouveau régime.

Tzvetan Todorov, Le Triomphe de l’artiste (Flammarion)

 

Sorties de presse des ULgistes - printemps 2017
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Voir aussi : Les écrivains de l'ULg


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