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Pascal Bouaziz, Passages

09 juin 2016
Pascal Bouaziz, Passages

BouazizTête pensante de Mendelson et Bruit Noir, deux des projets les plus excitants de la scène rock hexagonale, Pascal Bouaziz signe avec « Passages » son entrée en poésie. Une poésie à l’image des textes de ses chansons : lapidaire, péremptoire et presque vénéneuse.

La forme ramassée, proche du haïku, distille une souffrance nue, celle du deuil amoureux : d’abord un choc, qui plonge dans l’hébétude (Gestes amputés/ Mots blanchis/ Langue coupée/ Tête pourrie/ À nettoyer de l’intérieur), ensuite l’apathie (Être moi/ Moins souvent/ Je passerais bien ma vie/ À mi-temps). Pour parer les coups, Bouaziz dégaine sa misanthropie presque proverbiale: Une fourmi/ Il est simple de savoir à quoi elle sert : ça se voit/ Mais toi ?/ Accrochée à ton téléphone.  C’est dans ce registre ironique et délicieusement désabusé qu’il excelle, et qu’on jubile.  Au zoo avec mon fils/ Je regarde les gens/ Quelle espèce.

Petit à petit, à mesure qu’on avance dans le livre, le ton s’éclaircit (Maintenant tu sais/ C’est bête à dire/ Mais je suis mieux), à la faveur d’une nouvelle rencontre (Je me laisse aller avec toi/ Tu me ferais presque croire/ En l’être humain). Tout en retenue, le texte laisse place sur la fin à un peu de lyrisme (Excuse-moi/ Je ne t’écoute plus/ J’enregistre des souvenirs), salutaire au terme d’une traversée secouée.

Notons pour terminer que la parution du livre s’accompagne d’un excellent disque (logiquement)  intitulé « Haïkus », sur le label Ici d’Ailleurs.

Alexis Alvarez

 

Pascal Bouaziz, Passages, Le mot et le reste, 2016, 176 p
 

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